mardi 9 décembre 2008

AC/DC


Rarement genre musical ne fut si intimement associé au nom d'un seul groupe. Avec AC/DC, c'est tout un pan de l'histoire du hard rock qui s'écrit.
Depuis plus trente ans, les Australiens dirigent leur carrière sans faiblir. Malgré les remaniements au sein du groupe, le décès de leur leader et ami Bon Scott à l'aube des années 80, et le déclin du genre dans les années 90, AC/DC est entré de plain-pied dans la légende du rock et n'en sortira jamais.
Australie
Le groupe australien trouve en fait ses origines sur le vieux continent européen, et plus exactement en Ecosse. C'est de là que le couple Young et ses neuf enfants émigrent vers l'Australie en 1963, dans l'unique but d'échapper à la misère et d'élever décemment leurs nombreux enfants.
Destination: l'Australie, gigantesque contrée sous-peuplée dont le gouvernement parviendra, à grand coup de subventions, à faire venir toute une génération de main-d'oeuvre étrangère. Parmi ces travailleurs, les Young, qui s'installent dans la proche banlieue de Sydney pour démarrer une nouvelle vie.
Les frères Young
Parmi les enfants Young, le premier à manifester sa passion pour la musique est George, qui forme avec un ami, Harry Vanda, les Easybeats, formation qui eut tout au long des années 60 une certaine renommée grâce au tube Friday On My Mind, et qui les fit même s'exiler en Grande-Bretagne à l'aube des seventies. De retour en Australie, le grand frère George avait passé le virus à deux de ses cadets, Malcolm et Angus Young.
Le premier, né en 1953, est un féru de guitare. Il quitte l'école à quinze ans et s'exerce au sein d'une formation nommée les Velvet Underground (qui n'est pas le célèbre groupe de Lou Reed cependant !). Il initie également le jeune Angus (né en 1955) à la guitare et les deux frangins se retrouvent pour la première fois dans un studio d'enregistrement à la demande de leur aîné George en 1972.
Can I Sit Next To You Girl ?
Les trois Young enregistrent pour le Marcus Hook Roll Band, formation éphémère. Angus n'a pas quinze ans mais n'attendra guère plus longtemps avant de quitter à son tour l'école et de s'engager définitivement dans la musique.
En 1973, Malcolm, Angus et trois amis forment le groupe qui allait révolutionner l'histoire du hard rock: AC/DC. Quelques répétitions plus tard, les cinq compères scellent leur formation sur scène le 31 décembre 1973 et rentrent dans la légende.
Après un premier disque en juin 1974 (Can I Sit Next To You Girl ?), AC/DC, dont la composition change déjà à plusieurs reprises, entame la tournée des boîtes de nuit. Puis ils s'adjoignent les services d'un manager, Michael Browning, et surtout d'un chauffeur, un certain Ronald Scott, qui deviendra peu à peu membre à part entière du groupe et un des ses leaders sous le nom de Bon Scott.
High Voltage
Le premier album des Australiens, High Voltage, sort en février 1975 et remporte d'emblée un grand succès. L'envolée du groupe est fulgurante. En deux ans, deux albums, et des dizaines de concerts, AC/DC devient une des formations les plus populaires d'Australie. Mais l'Australie n'est pas le monde, et les rockers signent en 1976 leur premier contrat international avec Atlantic Records, contrat qui les mènent tout droit en Angleterre où va se jouer la plus grande partie de leur carrière.
Malgré le punk qui sévit à la fin des années 70 au Royaume-Uni, AC/DC s'impose en quelques mois, grâce à la réédition de High Voltage et une tournée anglaise savamment orchestrée. Durant toute l'année, la renommée des rockers va grandissante dans toute l'Europe et, après un retour triomphal dans leur pays, leur ouvre grand les portes d'un autre Eldorado musical: les Etats-Unis.
Highway To Hell
Pendant toute l'année 1977, AC/DC y fait ses premières armes et conquiert un large public. A l'occasion de la sortie de leur nouvel album Powerage en 1978, les musiciens entament une tournée mondiale qui leur permet d'asseoir définitivement leur renommée.
Avec la sortie de Highway To Hell en 1979, la formation australienne fait exploser toutes les ventes. Cet album mythique devient un des disques les plus vendus au monde, sans conteste le meilleur album de l'histoire du hard rock. Mais en pleine gloire, le 19 février 1980, le chanteur Bon Scott décède tragiquement à la suite d'une soirée trop arrosée. Le monde pleure l'une de ses idoles.
Back in Black
Mais l'histoire doit continuer. Brian Johnson prend au pied levé les commandes vocales, et AC/DC enregistre son huitième album dans la foulée. Back in Black est également un énorme succès et se vendra au fil des ans à plus de dix millions d'exemplaires !
Il faut attendre 1984 pour que se ressentent les premières faiblesses du groupe. Une certaine lassitude ou l'échec commercial de Flick Of The Switch amorce le relatif déclin d'AC/DC. Le groupe en profite pour faire un break, d'autant plus que les dernières tournées internationales furent épuisantes.
L'album Fly On The Wall, sorti à l'été 1985, n'arrange rien: critiques moyennes et tentative d'assassinat médiatique suite à l'arrestation la même année d'un serial killer américain avouant sa passion morbide pour le rock des AC/DC. Mis à mal par la critique et la rumeur, le groupe s'enfonce peu à peu dans l'échec.
Blow Up Your Video
Jusqu'en 1988, où l'enregistrement dans le Sud de la France de Blow Up Your Video, redore le blason des rockers. S'en suit une nouvelle tournée internationale qui les mène à nouveau aux Etats-Unis.
AC/DC entre de plain-pied dans les années 90. Oubliée cette traversée du désert des années précédentes. Oubliés les problèmes d'alcool ou de famille des membres du groupe. La formation qui, à l'aube des 90's a déjà vendu plus de soixante millions d'albums est une formation indestructible. La preuve en est cette gigantesque tournée qui les mène à Moscou devant plus de 500.000 personnes affamées de rock et de liberté ! Un album live y sera enregistré.
Bonfire
Puis les années se succèdent, immuables: concerts, albums, enregistrements, continuent de forger la légende AC/DC. En 1997, et à la demande de nombreux fans, le groupe met sur le marché Bonfire, un coffret de cinq CD reprenant des inédits de la période Bon Scott.
Puis les Australiens entament le nouveau millénaire avec Stiff Upper Lip en 2000, sans que leur musique ne prenne une ride. Ils iront même jusqu'à voler la vedette aux Rolling Stones lors d'une tournée commune en 2003, en remplissant des stades entiers aux quatre coins du monde. Une véritable consécration.
En trente ans de carrière et avec une vitalité qui semble immuable, AC/DC a écrit les plus belles pages de l'histoire du hard rock. Malgré de nombreux changements dans la composition du groupe, et grâce aux piliers que sont les frères Young, Brian Johnson ou le défunt Bon Scott, le groupe a traversé sans fléchir les années et reste aujourd'hui encore une des formations les plus populaires de la planète.

mardi 2 décembre 2008

Dalida


C'est dans le quartier de Choubrah du Caire, en Égypte, que naît Yolanda, fille d'immigrés italiens du début du siècle, second enfant de la famille Gigliotti, après son aîné Orlando, et avant son cadet Bruno.
Pietro, le père de famille, est violoniste à l'Opéra pendant que Giuseppina, la mère, s'occupe des enfants. Yolanda manifeste un goût pour l'art. On l'apprécie dans les représentations théâtrales du collège, mais c'est surtout son physique qui attire, et ce malgré de graves problèmes d'yeux qui l'obligent à porter longtemps des lunettes qu'elle finira par jeter par la fenêtre...
Une jeunesse ordinaire
Enfant de bourgeois aisés, Yolanda vit une enfance sans histoire, fréquentant une école catholique et grandissant comme toute adolescente, entourée de ses amis et de sa famille.
Alors qu'elle se destine à une carrière de secrétaire, l'attirance qu'elle suscite chez les hommes change sa conception de l'avenir. En 1951, alors qu'elle a à peine dix huit ans, elle se présente à un concours de beauté en maillot de bain, et provoque le courroux de toute sa famille.
Mais elle a compris le pouvoir de son charme, et lorsqu'elle commence à travailler dans une maison de couture, elle devient naturellement mannequin. Elle a la beauté mystérieuse des actrices américaines de l'époque, et son corps élancé lui permet en 1954 de décrocher, à la surprise générale de sa famille, le prix de Miss Egypte !
De l'anonymat au cinéma, et du cinéma à la chanson...
Dans la foulée, Yolanda, devenue Dalida, tourne pour le cinéma. D'abord pour le cinéma égyptien, ensuite pour le cinéma français, après qu'un réalisateur français, Marc de Gastyne, l'ait repérée. C'est à cette occasion qu'elle quitte, le 25 décembre 1954, l'Egypte et sa famille pour Paris.
En fait de cinéma, elle prend des cours de chant, pour survivre, et commence à chanter dans des cabarets, présentée comme la révélation française de l'année. Un concours de circonstances va faire d'elle une star. La rencontre de trois hommes va bouleverser sa vie.
Tout d'abord Bruno Coquatrix. Il est le nouveau propriétaire d'un établissement nommé l'Olympia. En quelques années, il fera de cet ancien cinéma le haut lieu du music-hall en France, et fera passer sur cette scène les plus grands artistes internationaux: de Jacques Brel aux Beatles, en passant par Johnny Hallyday, Brassens, Adamo, Sardou, etc. Il anime une émission sur Europe 1: Numéros un de demain, et est alors à la recherche de nouveaux talents.
Puis Lucien Morisse, directeur artistique d'Europe 1, et naturellement à l'écoute de tout ce qui se fait de nouveau. Il est aussi à la recherche de jeunes talents. Il sera l'amant de Dalida, malgré son mariage et l'opinion publique.
Et enfin, un certain Eddie Barclay, producteur de disques, lui aussi à la recherche de nouveaux talents. Il produira par la suite des gens comme Brel ou Aznavour. Un homme d'affaires, mais aussi un homme de coeur et un gentleman.
Dalida interprète sur Europe 1 Etrangère au paradis et se fait aussitôt remarquer. Barclay lui propose l'enregistrement d'un premier disque, Madonna, puis d'un second, Bambino.
Grace à Morisse, le titre entraînant et jovial passe toute la journée sur l'antenne d'Europe 1 et devient immédiatement un tube. Nous sommes en 1956, et Dalida devient très rapidement une star: l'Olympia l'accueille, le public se presse pour la voir.
En un an, elle obtient un disque d'or pour Bambino (300.000 exemplaires vendus), première récompense d'un très longue série.
Elle a aujourd'hui vendu plus de 120 millions de disques à travers le monde et été célébrée des dizaines de fois: disques d'or, de platine, de diamant, Oscar de la chanson, Oscar mondial du disque, médaille de la Présidence de la République reçue des mains de de Gaulle lui-même,... Une place porte son nom à Paris, et une monnaie a été frappée à son effigie à sa mort.
La gloire
Le succès de Dalida se propage dans toute l'Europe et même au-delà. Elle part en tournée en Italie, pays de ses origines, et dans de nombreux autres pays, dont l'Egypte, où elle est accueillie comme une reine.
En France, elle remplit les plus grandes salles et ses disques s'arrachent. Côté coeur, après avoir enfin divorcé, Lucien Morisse épouse Dalida le 8 avril 1961. Tout semble aller pour le mieux pour la jeune femme de 28 ans. Mais le mariage cache mal une relation usée par les années et le métier.
Profitant de ses tournées à l'étranger et de ses nombreuses rencontres, Dalida s'éloigne peu à peu de son mari. Elle reprend sa liberté.
C'est en 1962, après le succès de Petit Gonzales, qu'elle s'achète une maison à Paris, sur les hauteurs de Montmartre, une maison qu'elle aimera et habitera jusqu'à sa mort. Cette maison lui offre aussi la liberté totale puisque au même moment, elle divorce de Morisse. Les succès discographiques s'enchaînent, mais Dalida est seule et rêve de l'homme idéal.
Et la solitude...
Pour combler sa solitude, elle fait venir en 1966 sa famille à Paris. Sa cousine Rosy devient sa secrétaire, et surtout son jeune frère Bruno devient son bras droit (il prend à l'occasion le prénom de leur grand frère Orlando !).
En 1966 toujours, elle croit rompre cette solitude en rencontrant un jeune débutant Luigi Tenco. Ils se rencontrent à plusieurs reprises, tout d'abord dans un but professionnel (ils doivent concourir ensemble au Festival de San Remo), puis dans un but personnel. Ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, jusqu'à prévoir leur mariage dans les mois à venir. Mais le malheur viendra les séparer.
Le soir de la finale du festival, Luigi, saoul et hors de lui insulte le jury (ni lui ni Dalida n'ont gagné) et finit, dans un état violent de déprime, par se suicider dans sa chambre d'hôtel. Dalida est effondrée par ce drame.
Commence pour elle une longue série d'évènements malheureux qui petit à petit ruineront sa santé psychologique et sa joie de vivre. Elle tente une première fois de se suicider la même année, heureusement sans réussite.
Une nouvelle Dalida
Cet épisode dramatique va changer sa vie et son personnage. Elle n'est plus la jeune chanteuse de Bambino, mais une femme plus mûre, férue de littérature et de philosophie, une artiste reconnue et adulée.
Pour survivre à ses malheurs, elle entreprend une analyse et une étude de sa personnalité. Elle cherche à se comprendre et à se situer dans sa vie riche en évènements. Elle décide de ne se consacrer qu'à une chanson plus poétique et artistique, et de laisser tomber les tubes faciles et joyeux.
Ce nouveau répertoire plus intimiste ne réduit pas pour autant sa popularité. En septembre 1970, Lucien Morisse, son ex-mari, se suicide. Dalida voit peu à peu le monde s'effondrer autour d'elle. Les années 70 s'annoncent cependant plus sereinement.
Elle rencontre Richard Chanfray, dit le Comte de St-Germain, et sa carrière se stabilise, enchaînant encore des succès immenses dont Paroles Paroles avec Delon, même si le rythme est moins soutenu.
La vie continue, avec ses hauts et ses bas...
Malgré tout et, grâce à la sérénité qu'elle retrouve avec son nouveau compagnon, sa carrière reprend de plus belle. A nouveau les succès s'enchaînent: Il venait d'avoir dix huit ans (1973, écrit par Pascal Sevran), Gigi l'amoroso (1974), J'attendrai (1975), ainsi que les concerts et les tournées internationales.
Elle passe aussi dans de nombreuses émissions télévisées qui assoient sa popularité. Dalida ne subit pas les modes et les années, en sachant s'adapter à chaque époque. Ainsi, en 1978, en pleine époque disco, elle sort un album disco Génération 78.
Elle s'exporte aussi aux Etats-Unis où son succès est immense. Elle garde de ce séjour une mise en scène très music-hall qu'elle utilisera dès 1980 sur scène au Palais des Sports de Paris. Un spectacle grandiose.
Mais un drame encore va ternir son bonheur: elle se sépare du Comte St-Germain, homme devenu violent et dangereux. Encore une fois, l'amour lui échappe. Et ses prochaines amours ne seront pas plus abouties. Parallèlement, son amitié affichée pour le nouveau président François Mitterrand nuit à sa carrière. Ce sont autant de raisons pour Dalida de s'isoler et de s'éloigner. Elle part pour une longue tournée d'un an.
Retour en France
Son retour prouve qu'elle reste malgré tout une star immense. Personne ne l'oublie et ses albums sont des records de ventes. Mais en cette année 1983, Richard Chanfray se suicide. L'édifice fragile s'effondre définitivement. Dalida est à bout, malgré l'acharnement avec lequel elle se jette dans le travail.
Elle tourne au cinéma "Le Sixième jour" de Youssef Chahine et remporte un énorme succès, mais rien ne ramène la joie en son coeur. Tous les hommes qu'elle a aimés ont disparu tragiquement.
C'en est trop pour cette femme fragile et tendre. Elle décide de mettre fin à ses jours et est retrouvée morte le 3 mai 1987 dans sa maison parisienne. Le public garde d'elle l'image d'une femme fragile et forte à la fois, au talent multiple et immense. Une star que la mort a figée dans le temps et dans l'histoire.

mercredi 26 novembre 2008

Patrick Bruel


C'est à Tlemcen, en Algérie, près d'Oran, que Patrick Benguigui naît le 14 mai 1959. Sa mère Augusta, professeur de français, est divorcée de son mari. Patrick grandira sans père, et cette absence le marquera à vie.
En 1962, les Benguigui rejoignent la France et s'installent en banlieue parisienne, à Argenteuil dans le Val d'Oise. Puis ils déménagent à Paris dans le 13e arrondissement.
Deux demi-frères naîtront: David (qui vivra plus tard aux côtés d'Emmanuelle Béart) et Fabrice Moreau.
Le football et la musique
Le petit Patrick est un enfant sportif. Il adore le football et rêve de devenir footballeur professionnel. Encore aujourd'hui, il ne manque pas un match de gala avec le Variétés Club de France ou en spectateur avec ses amis.
Outre le football, l'adolescence de Patrick est occupée par la musique, avec une double passion pour la chanson française (Brel, Brassens, ...) et le rock anglo-saxon (Eric Clapton, Jimi Hendrix, Jeff Beck, ...).
Premières armes
En 1978, après avoir obtenu son bac, Patrick préfère laisser tomber les études et devient G.O. au Club Med (une autre grande "école" où sont passées des stars d'aujourd'hui, de Thierry Lhermitte à Lagaff...).
Il y fait ses premiers "concerts" pour animer des soirées avec sa guitare. En même temps, par le hasard d'une petite annonce dans un grand quotidien, il se fait engager sur le tournage du film "Le coup de Sirocco" d'Alexandre Arcady.
Grâce à cette première expérience, le jeune Benguigui (qui change au passage son nom pour Bruel) met un pied dans le cinéma et la musique.
De New York à Paris
Mais les propositions ne pleuvent pas. Patrick fait sa valise pour les Etats-Unis dont il rêvait depuis son enfance, et se retrouve à New York pendant une année, une année riche d'expériences et de rencontres.
Il fait les bars et les boîtes de la ville, découvre les styles musicaux et artistiques en vogue, et fait la rencontre de celui qui sera son inséparable ami, confident, et collaborateur: Gérard Presgurvic. Ils rentrent ensuite en France.
Patrick, fort de son expérience avec Arcady, parvient à obtenir quelques petits rôles au cinéma et au théâtre.
Cinéma et chanson
Il n'abandonne pas pour autant la musique et, en 1981, il sort un premier 45 T Vide, qui passe totalement inaperçu.
Il faut attendre 1983, alors que Bruel vient de tourner une nouvelle fois avec Arcady dans "Le Grand Carnaval", pour que la sortie de Marre de cette nana-là fasse exploser la carrière musicale de Patrick. En effet, le 45 T est un grand succès. Patrick se voit proposer de nombreux films, et tout en tournant, il enregistre un second succès en 1985, Comment ça va pour vous ?.
Le début de la Bruelmania
Encouragé par ces deux succès, Bruel sort son premier album en 1986, Deux Faces, écrit en collaboration avec son ami Presgurvic.
Fort de cet opus et du succès de ses premiers tubes, Patrick est engagé à l'Olympia en 1987, et un album live sort l'année suivante.
Sa carrière de comédien n'en est pas ralentie, bien au contraire, puisqu'il parvient à prouver son talent dans des films tels que "La maison assassinée" de Lautner ou "Force majeure" de Jolivet.
Alors regarde, sorti en 1989, fait de lui une star phénomène. De Décalé à Place des grands hommes, en passant par J'te l'dis quand même, ce disque est bourré de tubes qui font de Bruel une star.
Sur scène, les milliers de spectateurs sont en transe, les jeunes filles s'évanouissent et le public est séduit par son jeu de scène et sa simplicité.
La reconnaissance
Patrick est un phénomène culturel, même si le monde professionnel de la chanson peine à le récompenser et à reconnaître son soudain talent. Il faut attendre 1992, paradoxalement, pour que Bruel reçoive son premier prix "officiel", la Victoire de la Musique du meilleur interprète masculin.
S'en suivent d'interminables tournées dans toute la France, et la sortie d'un album éponyme Bruel en 1994. On le fête aux Francofolies de La Rochelle par une "fête à Bruel" (Ferré avait eu droit à cet honneur au même festival !).
Si on le voit beaucoup dans les médias, Bruel sait aussi se montrer intelligent et concerné par l'actualité mondiale. Ainsi est-il invité par Anne Sinclair à un 7 sur 7 exceptionnel, le 24 novembre 1991, duquel il sortira grandi.
Une carrière prolixe mais une vie sentimentale...
Films, albums, écriture pour d'autres artistes (dont Hallyday), productions, promotions, restos du coeur, ... la vie artistique de Patrick est riche mais sa vie sentimentale, source d'inspiration de ses chansons, malheureuse.
Il se confie à Laurent Boyer dans son émission fétiche Fréquenstars en 1999, et parle de sa solitude, de sa difficulté à trouver l'âme soeur. A 40 ans, Patrick est l'une des stars françaises les plus talentueuses et les plus... seules.
En 1999, il remonte sur une scène de théâtre, pour une pièce co-écrite par son demi-frère David.
Avec Juste avant en 1999, un album plus riche et plus sensible qu'à l'accoutumé, Patrick Bruel revient au devant de la scène et prouve qu'il n'est pas un chanteur pour adolescentes, mais un véritable artiste polyvalent, sensible et intelligent.
Une tournée extraordinaire suit la sortie de ce disque, jusqu'au Zénith de Paris.
Toujours en mouvement, en collaboration avec des artistes aussi célèbres que Johnny Hallyday, Aznavour, Obispo, Mick Lanaro (producteur des disques de Nougaro notamment), Bruel s'enrichit sans cesse pour le plus grand bonheur de tous.

jeudi 20 novembre 2008

Eric Clapton


Eric Clapton, de son vrai nom Eric Patrick Clapp, est né le 30 mars 1945 à Ripley, une petite ville située à 45 kilomètres de Londres. Pour ses 3 ans, ses grands-parents lui offrent sa première guitare.
A l'adolescence il découvre le blues et plus particulièrement celui de Muddy Waters. Cela lui donne l'idée de monter un premier groupe, qui aura une existence éphémère, les Roosters.
L'année suivante, en 1964, il intègre des formations plus confirmées, pour faire ses véritables armes. C'est ainsi qu'il rejoint les Yardbirds.
Yardbirds
Il enregistre avec eux deux albums: Five Live Yardbirds et Sonny Boy Williamson & The Yardbirds. Puis les quitte, remplacé par deux autres guitaristes de légende: Jeff Beck et Jimmy Page (futur Led Zeppelin).
C'est en 1966 qu'il rejoint John Mayall et ses Bluesbreakers, avec lesquels il s'affirme comme un sacré virtuose de la guitare. C'est particulièrement perceptible dans l'album John Mayall and the BluesBreakers with Eric Clapton.
Nouveau changement de casting en 1967. Clapton fonde le groupe Cream avec Jack Bruce et Ginger Baker. Résultat: trois albums inoubliables dont Disraeli Gears. Il sombre alors dans la drogue pendant trois ans.
Layla
Nouvelle lassitude et création des formations Blind Faith puis de Derek & The Dominos. C'est avec ces derniers qu'il réalise le somptueux Layla. C'est en fait un hommage à Pattie Boyd, la femme de son ami George Harrison, dont il est tombé amoureux. Titre publié en novembre 1970.
Devenu chanteur, il est aussi une véritable idole pour nombre de guitaristes, connus ou non. Jimi Hendrix lui voue ainsi un vrai culte...
Désormais surnommé "God" (en français "Dieu") par la profession, il se lance en solo. Des albums comme 461 Ocean Bvd ou Slowhand, des tubes comme Cocaïne ou I Shot The Sheriff - des reprises de JJ cale et Bob Marley, font beaucoup pour sa popularité.
Drame
Les années 80 ressemblent à une traversée du désert pour notre homme qui pourtant se reconstruit peu à peu. Eric devient l'heureux papa d'un petit garçon Connor qui disparaît tragiquement le 20 mars 1991 en tombant du 53ème étage d'un building new-yorkais.
De ce dramatique événement naît l'émouvante chanson Tears In Heaven, extrait de la B.O. du film "Rush". Un retour au premier plan déjà entrevu avec un magnifique album acoustique, Unplugged, écoulé à près de dix millions d'unités ! Cet album contient notamment une version sublime de Layla.
Il signe aussi un autre générique, celui de L'arme fatale en 1992. Il y est en duo avec Sting pour It's Probably Me. Une chanson composée dans un hall d'aéroport en à peine dix minutes !
Reptile
Dans les années 90, assagi, Clapton a mûri. Il porte bouc et lunettes et a trouvé une certaine forme de sérénité. En témoigne le très réussi Pilgrim, paru en 1998.
En 2001, arrive l'excellent Reptile qui précède une tournée mondiale. Celle-ci est gravée sur le dvd "One More Car, One More Rider", capté au Staples Center de Los Angeles.
En 2004, ce monument du rock'n'roll rend hommage à l'un de ses maîtres des débuts. C'est le bluesman Robert Johnson qu'il salue dans Me & Mr Johnson.

mercredi 19 novembre 2008

Ben Harper


A la croisée des cultures, des nations et des religions, Ben Harper est aujourd'hui un des représentants les plus métissés de la musique blues américaine. Puisant ses sources dans ses origines multiples, il réinvente le son et s'élève au-dessus de tous, entre reggae, country, folk et rock. Un artiste unique et déconcertant.
Melting-pot culturel
Son originalité culturelle, il la doit à ses racines. Né Benjamin Chase Harper le 28 octobre 1969 à Claremont, en Californie, il est un spécimen du melting-pot américain. Sa grand-mère paternelle est moitié indienne Cherokee, moitié noire et pratique le vaudou dans les quartiers pauvres de Watts.
Côté maternel, Ben trouve ses racines en Europe de l'Est, dans la Lituanie du dix-neuvième siècle. Un véritable puzzle qu'il tente encore de reconstruire, cherchant dans la musique une réponse au mystère de l'histoire.
La musique, il l'apprend très jeune, dès l'âge de trois ans en grattant sur la guitare d'Ellen, sa mère. Son père Léonard, luthier, joue aussi des percussions, et c'est en famille que les Harper chantent. A sept ans, Benjamin reçoit sa première guitare et continue de mettre en musique ses pensées et sa vie. Comme si la musique était pour lui un second langage, dès sa naissance.
D'ailleurs ses grands-parents tiennent un magasin d'instruments de musique dans lequel le petit Ben passe ses journées. Le contact avec le bois et les cordes, sensuel, charnel, agit sur lui comme une drogue. Il commence alors à travailler dans l'atelier de restauration. Il répare, bricole, construit et joue sur des centaines de guitares. Sa relation avec la musique devient passionnelle.
C'est dans cette boutique familiale que Ben fait la connaissance de JP Plunier, producteur français en rapport avec Virgin Records. Subjugué par le talent du jeune homme, il l'encourage à aller plus loin. A seize ans, première prestation scénique au Brayer's Cafe de Fontana, Californie. Puis il intègre deux ou trois formations musicales dans lesquelles il prête son talent d'instrumentiste, avant de se lancer seul dans la carrière.
Pleasure and Pain
Bien sûr, ses premières prestations se font dans les cafés, devant quelques clients attablés. Bien sûr, il ne gagne pas sa vie avec les quelques dollars amassés chaque soir. Bien sûr, ses quelques compositions ne sont pas encore abouties. Mais il joue en public, et son rêve s'exauce enfin !
Mars 1992: Ben Harper enregistre son premier album Pleasure and Pain, un opus empreint de blues et entièrement acoustique. Lors d'un concert, il rencontre une de ses idoles: Taj Mahal. Séduit par le jeune musicien, celui-ci l'invite sur sa tournée hawaïenne. Dès lors, Harper se lance réellement dans l'écriture et se produit avec Taj Mahal sur scène et à la télévision. Sa notoriété naissante lui permet de s'exporter et de jouer en Europe pour la première fois en décembre 1993, aux Transmusicales de Rennes (France).
Welcome To The Cruel World
Le jeune américain enregistre aussi son premier véritable album studio Welcome To The Cruel World en 1994. C'est cet album qui le révèle au grand public. La légende est en marche. Et c'est en soi une gageure: plaire à la jeunesse en jouant une musique traditionnelle n'est pas chose aisée. Pari tenu.
La musique de Ben Harper dépasse les clivages musicaux, et ne ressemble en rien à ce que l'on connaît. Fight For Your Mind (1995) puis The Will To Live (1997) sont de véritables révélations saluées par la presse internationale.
Burn To Shine (1999) et Diamonds On The Inside, son dernier album, ne font que confirmer son immense talent. Pourtant l'artiste reste sobre, humain. Point d'explosion médiatique ni de grandes campagnes publicitaires. Il se refuse à être un produit. Son attachement viscéral à sa famille, à la défense des droits ou à la résistance contre toute forme d'oppression, font de lui un exemple d'humilité. Cet aspect du personnage ne fait que renforcer sa popularité auprès de la jeunesse.
Admiré par ses pairs pour son ingéniosité et sa créativité, adulé par un public de tous âges, Ben Harper est sans doute un des artistes les plus touchants de ces dix dernières années. Sa musique va droit au coeur. Entre Robert Johnson et Bob Marley, Harper se fait le porteur d'un art résolument humain, sensible et profond.

lundi 17 novembre 2008

Le Grand Jacques Brel


Le "galérien des galas" abandonne sa carrière au sommet de sa gloire en 1966. Le Grand Jacques enflammait les salles, habitait ses personnages, gesticulait, suait. Ses spectacles étaient de véritables marathons. Rarement un chanteur aura exprimé ses rages et ses passions avec autant de sincérité et de gravité que Jacques Brel. C'est en Belgique, dans la banlieue de Bruxelles à Schaerbeek, que naît le 8 avril 1929, la personnalité la plus volcanique de la chanson francophone, Jacques Romain Georges Brel. Son père, Romain, dirige une usine d'emballage. Avec son frère, Pierre, de 6 ans son aîné, Jacques connaît une éducation austère entre collège catholique et scoutisme. A 16 ans, il crée une troupe de théâtre avec quelques copains et écrit lui-même des pièces.

A 18 ans, devant ses échecs scolaires, son père le fait entrer dans l'entreprise familiale. A la même époque, il s'inscrit à "La Franche Cordée", mouvement philanthropique, dont il deviendra le président en 49. Au sein de cette association, il monte de nombreuses pièces de théâtre dont "Le Petit Prince de Saint-Exupéry". Il y rencontre également, sa future épouse, Thérèse Michielsen, dite Miche. En 1948, il devance l'appel et fait son service militaire. Le 1er juin 1950, Jacques Brel épouse Miche, et fin 1951, naît leur première fille, Chantal. Brel, qui n'a aucun goût pour le travail de bureau, est déjà très attiré par la chanson. Dès 1952, il compose quelques titres qu'il chante dans le cadre familial ou lors de soirées dans des cabarets de Bruxelles mais la force des textes et la violence de son interprétation sont mal acceptées par son entourage qui ne l'encourage pas du tout.

En 1953, il chante à la Rose Noire à Bruxelles et en février, sort un 78 tours. Jacques Canetti, responsable artistique chez Philips et découvreur de talents, le fait alors venir à Paris contre l'avis de sa famille qui lui coupe les vivres. En juillet, naît sa deuxième fille, France, mais Jacques Brel part cependant seul à Paris. Les premiers temps sont durs. Il passe de nombreuses auditions, et décroche quelques engagements dans des cabarets tels que l'Ecluse, l'Echelle de Jacob ou les Trois Baudets, le cabaret de Jacques Canetti. L'accueil du public reste tiède. On se moque de ses allures provinciales.

En 1954, il arrive avant dernier (sur 28) au Grand Prix de la Chanson de Knokke-le-Zoute. Malgré ce résultat, Juliette Gréco décide de chanter une de ses chansons pour son Olympia, "Ça va (le diable)". Cette même année, en juillet, Brel chante lui-même à l'Olympia, mais sans aucun succès. Ce récital est suivi d'une tournée d'été avec Dario Moreno, Philippe Clay et Catherine Sauvage. En 1955, il s'installe avec femme et enfants à Montreuil, dans la banlieue parisienne. A cette époque, il rencontre Georges Pasquier, dit Jojo, qui non seulement devient son chauffeur, régisseur et homme de confiance, mais aussi son ami le plus proche.

1955 est également l'année de son premier 33 tours 25cm sous le label Philips enregistré en France. Cette année-là, Brel chante pour des organisations chrétiennes ce qui lui vaut de la part de celui qui restera son ami, Georges Brassens, le surnom de "Abbé Brel". C'est en 1956 que Jacques Brel rencontre François Rauber, pianiste classique, qui devient son accompagnateur. François Rauber, qui comprend très bien l'univers de Brel, va donner au chanteur la formation musicale qu'il n'a pas, puis devenir l'orchestrateur privilégié de toutes ses chansons. Puis, Jacques Brel rencontre également un autre pianiste, Gérard Jouannest, qui sera son accompagnateur exclusif sur scène, contrairement à François Rauber avec qui il travaillera plutôt en studio. En outre, Brel et Gérard Jouannest écriront ensemble une grande partie du répertoire du chanteur ("Madeleine","La chanson des vieux amants","Les vieux").

En 1957, Brel sort un second 33 tours où il crée en particulier "Quand on a que l'amour" et reçoit pour ce disque le Grand Prix de l'Académie Charles Cros. En février, il passe à l'Alhambra avec Zizi Jeanmaire. Le 23 août 1958, naît sa troisième fille, Isabelle. Fin 1958, Jacques Brel monte à nouveau sur la scène de l'Olympia en première partie de Philippe Clay. Le public plébiscite celui qu'il reconnaît enfin comme un véritable homme de scène.

En 1959, Brel sort un 4ème disque, "La valse à 1000 temps". Les tournées se succèdent à un rythme infernal, et le succès grandissant, il est engagé à la fin de l'année en tête d'affiche à Bobino en remplacement de Francis Lemarque. Le triomphe est au rendez-vous et les années 50 se terminent brillamment pour le chanteur belge. Après avoir longuement travaillé son chant et sa voix, Brel a laissé tomber sa guitare et chante désormais en maîtrisant totalement son art ainsi que sa forte personnalité.

En ce début d'année 1960, Charley Marouani devient l'impresario de Brel et organise pour lui d'innombrables récitals de l'URSS aux Etats-Unis en passant par le Moyen-Orient et la province française qu'il sillonne de part en part. Il mène alors une vie épuisante entre tournées, nuits blanches, conquêtes féminines, alcool, sans oublier le tabac.

A son accompagnement de scène, il ajoute cette fois l'accordéon de Jean Corti. Il remonte sur la scène de Bobino en janvier 61, et sort deux albums durant l'année. Mais, c'est surtout son récital d'octobre 61 à l'Olympia qui reste un moment clé de toute sa carrière. Le 12 octobre, il remporte un triomphe sur la scène du music-hall parisien. Engagé pour remplacer Marlène Dietrich, il est consacré vedette de la chanson par le public mais également par la critique. Suite à ce succès, Jacques Brel reprend les tournées à travers le monde et son rythme de vie ne cesse de s'accélérer. Cependant, dès cette époque, Jacques Brel évoque déjà l'idée d'arrêter la chanson.

En mars 1962, Brel quitte la maison de disques Philips pour Barclay. Le 6 de ce mois, il enregistre un de ces titres les plus célèbres, "Le plat pays", hommage à son pays natal. En octobre, il crée sa maison d'éditions musicales "Arlequin", qui deviendra six mois plus tard, les éditions "Pouchenel" (Polichinelle en bruxellois). Son épouse en est la directrice. Brel remonte sur la scène de l'Olympia en 1963, avec Isabelle Aubret en première partie. Quand cette dernière est victime d'un grave accident quelques temps après, il lui offre à vie les droits de la chanson "la Fanette". En janvier 64, meurt le père de Jacques Brel, puis sa mère en mars. Deux albums sortent dans l'année, dont son récital d'octobre à l'Olympia, récital encore salué par la critique. C'est à cette occasion qu'il crée "Amsterdam", que le public ovationne.

Cette année-là, Brel s'initie à l'aviation, passion qui lui sera très utile quand il vivra aux Marquises. Il s'achète un petit avion. Enfin, en 1964, il obtient le Grand Prix national du Disque en France. Début 1965, Brel fête ses 12 ans de chansons au cabaret "Les Trois Baudets". La fin de l'année est marquée par une tournée de cinq semaines en URSS, mais surtout par son passage sur la prestigieuse scène du Carnegie Hall de New York. La presse américaine parle d'"Ouragan magnétique".

Il est important de noter que dans la plupart de ses récitals, des plus petites salles aux plus grandes, Brel tient à faire profiter les jeunes chanteurs de sa notoriété afin de leur donner l'occasion de chanter sur scène. 1966 est une année importante, puisque Brel décide définitivement d'abandonner la chanson. Il décrète qu'il n'a plus rien à dire et se sent las des tournées sans fin. Il a beaucoup de projets qu'il n'a pas le temps de réaliser.

Son récital à l'Olympia en octobre est donc un événement sans précédent. Georges Brassens écrit l'introduction du programme, et le Tout-Paris est présent le 1er novembre lors de son tout dernier concert après trois semaines sur scène. Après quinze chansons, Brel, comme à son habitude ne cède pas aux demandes de rappel, mais revient saluer le public sept fois de suite.

En novembre, il chante au Royal Albert Hall de Londres et durant les mois suivants, il se contentera d'honorer ses derniers contrats. Son entourage et ses amis, dont Charles Aznavour, essaient en vain de le convaincre de continuer à chanter. Début 67, Jacques Brel chante pour la seconde et la dernière fois au Carnegie Hall. C'est lors de ce voyage à New York, qu'il assiste à une représentation de "L'Homme de la Mancha", spectacle musical consacré au héros de Cervantes, Don Quichotte. Brel est subjugué et très vite, il songe à monter cette comédie musicale en Europe. Cette année-là, Jacques Brel lui-même devient l'objet d'une comédie musicale aux Etats-Unis, "Jacques Brel is alive and well and living in Paris". Mort Shuman l'interprétera l'année suivante à Broadway.

Le 16 mai, Brel donne son dernier récital en France à Roubaix. Cette fois, il quitte vraiment la scène des music-halls pour la scène des théâtres et pour les plateaux de cinéma. Durant l'été 67, il tourne le film d'André Cayatte, "Les Risques du métier", film qui sort à l'automne sur les écrans français. Son talent de comédien, qui apparaissait déjà sur scène, est reconnu par tous. Enfin, en 67, Brel achète un voilier avec un ami. Le virus du voyage commence à naître dans son esprit.

1968 est l'année de "L'Homme de la Mancha" qu'il crée en octobre à Bruxelles avec Dario Moreno dans le rôle de Sancho Panca. Dix jours avant la Première, à Paris le 10 décembre au Théâtre Royal de la Monnaie, Dario Moreno meurt et est remplacé au pied levé par Robert Manuel. La performance d'acteur de Brel est unanimement célébrée. Cependant, en 1969, Jacques Brel, épuisé par plus de 150 représentations menées à un rythme battant, abandonne le rôle. La dernière a lieu le 17 mai et personne ne reprend le rôle. Le 6 janvier 1969, la station de radio RTL et le magazine "Rock et Folk" réunissent pour un entretien exceptionnel autour d'une table, trois artistes majeurs de la chanson française, Léo Ferré, Georges Brassens et Jacques Brel. A la fin de l'été, Brel tourne "Mon oncle Benjamin" de Edouard Molinaro. Juste après ce tournage, il s'inscrit dans une école d'aviation en Suisse et achète un nouvel avion.

En 1971, Jacques Brel tourne avec Marcel Carné, "Les Assassins de l'ordre" et commence à travailler sur son premier film, "Franz" en tant que réalisateur. Le tournage a lieu entre juin et juillet 1971 avec la chanteuse Barbara qui écrit une partie de la musique. A la fin de l'année, Jacques Brel tourne "L'Aventure c'est l'aventure" de Claude Lelouch. Sur le tournage aux Caraïbes, il rencontre la jeune comédienne et danseuse, Madly Bamy, avec qui il partagera les dernières années de sa vie. Son film, qui sort à Paris en mars 1972, obtient un succès d'estime. Brel est cependant très motivé pour continuer. En mai, sort le film de Claude Lelouch qui lui, est un très gros succès.

En 1972, Brel signe un contrat exceptionnel de 30 ans avec Barclay, mais n'ayant guère de nouveaux titres à proposer, il décide avec la maison de disques de réenregistrer d'anciens titres avec de nouvelles orchestrations. Son arrangeur attitré, François Rauber, n'est pas convaincu de l'intérêt du projet qui reste une initiative commerciale avant tout. En juin et juillet 72, Brel tourne à Bruxelles son deuxième film, "Le FarWest". Le film qui sort pour le festival de Cannes 1973 est un échec total. Au début de l'année 73, Brel, qui se sait malade, rédige son testament, et désigne sa femme, Miche, légataire universelle. Il sort, cette année-là, un 45 tours : "L'enfance" dont il cède à vie les droits d'auteur à la Fondation Perce Neige de Lino Ventura, fondation au profit de l'enfance handicapée.

En mai, il tourne "L'emmerdeur" de Edouard Molinaro avec son ami, le comédien Lino Ventura. Durant l'été, il emmène ses filles en croisière sur son voilier et à la fin de l'année, il se lance dans une traversée de deux mois avec cinq compagnons. Il se consacre désormais presque exclusivement à la voile et en juillet 1974, Jacques Brel part avec Madly et sa fille France sur son voilier l'Askoy. Fin août, aux Açores, Brel apprend la mort de son fidèle ami, Jojo. Il rentre pour les obsèques, et reste pour le mariage de sa fille Chantal en septembre. En novembre, Jacques Brel est opéré du poumon à Bruxelles. Il souffre d'un cancer du poumon gauche déjà très avancé. Il sait qu'il n'a peut-être pas beaucoup de temps à vivre et déclare vouloir mourir seul.

En 1975, Jacques et Madly s'installent aux Iles Marquises, précisément sur l'île de Hiva-Oa. Commence alors une vie nouvelle. Brel achète un nouvel avion qu'il appelle "Jojo", et qu'il transforme en avion-taxi pour aider les habitant des îles environnantes. En 1976, il va deux fois à Bruxelles pour des examens médicaux, mais retourne chaque fois aux Marquises bien que le climat ne lui soit pas favorable. En 1977, Jacques Brel décide d'enregistrer un disque. Ses anciens titres se vendent toujours très bien et bien que vivant à des milliers de kilomètres de l'Europe, il est toujours très présent dans l'esprit du public. Il rentre à Paris fin août et habite dans un petit hôtel parisien. Il a arrêté de fumer et se remet au travail avec ses fidèles complices, François Rauber et Gérard Jouannest. Sa santé est mauvaise, mais Brel est très enthousiaste, et sur les dix-sept titres qu'il a écrits aux Marquises, il en interprète douze. L'enregistrement a lieu entre septembre et octobre 1977. Le 17 novembre, la sortie de l'album est un événement national. Brel a demandé à sa maison de disques qu'il n'y ait aucune promotion, mais les pré-commandes du disque atteignent le million sans aucune publicité. Le jour même, Jacques Brel et sa compagne Madly repartent pour Hiva-Oa.

En juillet 1978, Brel soudain au plus mal est transporté en France et est hospitalisé six semaines à Neuilly suite à la découverte d'une tumeur cancéreuse. Il finit l'été dans le sud de la France, mais le 7 octobre, il est ramené d'urgence à l'hôpital de Bobigny, dans la région parisienne. Il meurt le 9 octobre d'une embolie pulmonaire. Pendant que d'innombrables hommages lui sont rendus en France, en Belgique et à travers le monde, son corps est ramené aux Marquises le 12 octobre. Il est enterré sur son île d'Hiva-Oa près de la tombe du peintre Gauguin.

Rarement un chanteur aura exprimé ses rages et ses passions avec autant de sincérité et de gravité que Jacques Brel. Exubérant mais pudique, Brel a forcé l'affection d'un public pourtant longtemps sévère à son égard. Des artistes du monde entier reprennent encore ses chansons. Outre des interprètes français qu'il l'ont beaucoup chanté comme Serge Lama ou Isabelle Aubret, on retrouve ses chansons dans les répertoires de Juliette Gréco, Julien Clerc, Yves Montand, Dalida, et à l'étranger, de Nina Simone ou Sting ("Ne me quitte pas"), David Bowie ("Amsterdam"), Céline Dion ("Quand on a que l'amour"), sans oublier le belge Arno ("Le Bon Dieu"). Son répertoire en flamand a surtout été chanté par la néerlandaise, Liebeth List.

En 1981, sa fille France crée la Fondation Jacques Brel destinée d'une part à faire connaître à un large public l'oeuvre de l'artiste, mais aussi à soutenir la recherche contre le cancer et l'aide à l'enfance hospitalisée.

jeudi 13 novembre 2008

Francis Cabrel


Né à Agen, dans le Lot-et-Garonne, le 23 novembre 1953, de parents d'origine italienne (du Frioul exactement), Francis grandit à Astaffort, où il vit encore aujourd'hui avec sa femme et ses enfants.
Il vit une enfance tranquille, au contact de la nature, et dans un environnement familial serein. Son père travaille dans une usine de gâteaux, sa mère dans une cafétéria. Avec son frère Philippe et sa soeur Martine, Francis pêche, joue aux boules et au basket, et profite pleinement de la vie.
Adolescent, il découvre un beau jour la guitare par le biais des Dylan, Neil Young et Cohen. C'est une révélation pour ce jeune homme timide. La musique l'épanouit et il se met à écrire ses propres chansons.
Premiers concerts
Alors qu'il travaille comme vendeur de chaussures (sa scolarité s'arrête au lycée, en première), il commence à tourner dans les bals avec son groupe "Les Gaulois" (anciennement Ray Franck and the Jazzmen).
A 21 ans, en 1974, il gagne le concours Sud Radio, présidé par les frères Seff, Daniel et Richard, avec son premier futur tube Petite Marie. Cabrel signe alors chez CBS son premier contrat dont l'aboutissement est la sortie de son premier album en 1977: Les murs de poussière. Ce premier album le lance et il se retrouve même sur la scène de l'Olympia en 1978, en première partie du chanteur Dave.
Le succès
Avec son deuxième album Les chemins de traverse et son titre phare Je l'aime à mourir, Cabrel obtient enfin le succès. Ses premiers disques sortent à un rythme régulier, fidèles au style acoustique, poétique et intimiste du chanteur d'Astaffort.
Même s'il devient une vedette, Francis reste un homme tranquille, continuant à vivre dans le Lot-et-Garonne, proche des siens (Aurélie, sa fille, naît en 1985), et sans concessions aux médias.
Il prouve cependant qu'il n'est pas un homme solitaire et renfermé en s'investissant dans de nombreuses oeuvres humanitaires, et cela dès 1985, avec sa chanson Il faudra leur dire, qui sert de support à un petit film sur la leucémie, puis des années plus tard, avec ses participations à Sol En Si, Les Enfoirés, Noël ensemble, Urgence, ...
Une oeuvre de plus en plus riche
Ses albums s'espacent, mais ils gagnent en qualité et en beauté. Pour preuve l'album Sarbacane, sorti en 1988, après presque trois ans de silence. C'est un énorme succès, notamment grâce aux titres Sarbacane et C'est écrit.
La tournée qui s'ensuit est internationale. De Paris à Québec, Cabrel se rapproche avec gentillesse et simplicité de son public.
En 1991, sa seconde fille Manon voit le jour. Le chanteur se consacre encore plus à sa famille et à son village (il est conseiller municipal d'Astaffort). Il crée ainsi en 1988 les Rencontres d'Astaffort, festival musical et culturel qui voit se réunir chaque année des milliers de passionnés de guitare (luthiers ou musiciens...).
Il produit aussi de jeunes talents comme Michel Françoise sur son label Cargo. Et ce n'est qu'en 1994 que sort Samedi soir sur la terre, un album dont le succès est encore plus grand que le précédent. Récompenses, télévisions, concerts, entrevues, ... Cabrel est en haut de l'affiche, et sans jamais céder à la pression médiatique.
La consécration
En 1997, Claude Gassian sort un ouvrage consacré au chanteur. Un magnifique ouvrage de photos, dessins et textes intitulé Hors saison. Au printemps 1999, l'album du même nom Hors-saison remporte un succès incroyable. L'Olympia et le Zénith l'accueillent. Internet aussi. Le site du chanteur se fait l'écho de son univers tendre et romantique.
Cabrel prouve encore une fois son talent de compositeur et d'interprète. Sans jamais perdre pied, il montre avec sagesse et tranquillité, l'exemple à suivre. Un homme d'une grandeur jamais démentie, sensible et honnête, empreint d'humanisme et de candeur.